BREVES DU PALAIS : LE SYSTEME JUDICIAIRE FRANÇAIS N’A PEUR DE RIEN…

J’avoue qu’en près de 38 ans de carrière, je pensais avoir vu l’essentiel de ce qu’il était possible de voir durant les audiences auxquelles j’ai participé.

Au tout début de ma carrière d’avocat, j’ai beaucoup fréquenté les couloirs des Cours d’Assise jusqu’à ce que ma famille et moi-même soyons victimes d’un home-jacking : fin de ma carrière d’avocat pénaliste.

Dans ma croisade pour la reconnaissance du droit des enfants à leurs parents, dont on peut affirmer sans crainte de se tromper qu’elle n’avance qu’à pas lents, pour ne pas dire qu’elle recule, j’ai traversé des affaires proprement hallucinantes, marquées par des décisions qui dépassaient l’imagination.

Mais l’un de mes collaborateurs vient de vivre dans un tribunal du sud de la France une expérience judiciaire tout à fait extraordinaire et hors du commun : permettez-moi de vous amener dans la 4ème dimension.

Hypothèse tout à fait classique d’une mère qui quitte son domicile conjugal qu’elle partage avec son compagnon, en amenant leurs enfants à près de 200 Kms.

L’appartement, qui est loué l’est au nom de notre client.

Il exerce une profession qui le conduit tous les matins à être absent et, profitant de cet emploi du temps, elle falsifie le bail qui est au nom de son compagnon et va pleurer à la gendarmerie en racontant qu’elle a été expulsée manu militari par un homme violent et dangereux.

Elle obtient naturellement et sans difficulté la force publique et un serrurier requis par les gendarmes pour pénétrer dans un domicile qui n’est pas le sien.

Elle vole, puisqu’elle n’est pas mariée et que le vol existe, de l’argent, des meubles et les papiers d’identité de son ex-compagnon ainsi que ceux des enfants.

En agissant ainsi, elle compromet la probité des gendarmes qui ont cru en sa parole de façon peut-être un peu naïve puisque comme elle n’a aucun titre, elle commet une violation de domicile avec la complicité des forces de l’ordre… un vrai paradoxe.

Nous déposons donc une plainte entre les mains de Monsieur le Procureur de la République et nous saisissons le colonel commandant la brigade de gendarmerie dont dépendent les trois gendarmes qui à leur corps défendant bien entendu, ont accompagné cette personne particulièrement sournoise.

Sous couvert de l’article 58 du Code de Procédure Civile, nous tentons une médiation, afin que le père voit ses enfants : une fin de non-recevoir nous est opposée.

Nous saisissons donc le Juge aux Affaires Familiales en référé, c’est-à-dire dans l’urgence en prenant la peine de délivrer notre assignation avec tous les documents attestations et autres que nous avions fait établir et en particulier tous ceux qui ont rapport direct avec l’épisode de l’’appartement.

Sont également jointes celles qui décrivent le père, sa façon de se comporter vis-à-vis de ses enfants, vis-à-vis de sa compagne dont une, émanant d’un de leurs amis communs, qui avait vécu avec eux, dans l’appartement, pendant près de 6 mois.

L’affaire est appelée et mon collaborateur commence à plaider en sa qualité de demandeur, attestations en mains.

Le magistrat l’interrompt immédiatement et cadre son audience en expliquant sa façon de procéder :

« Moi », dit-il, « je ne lis jamais les attestations car tout le monde sait que les gens écrivent n’importe quoi »…

Stupéfaction générale, du moins de notre côté.

J’ai l’habitude de demander à nos clients d’être présents aux audiences et, heureusement que le père était là car, si nous lui avions raconté comment les choses s’étaient passées, il ne nous aurait pas cru.

Mon collaborateur rappelle au magistrat  que la Loi prévoit la possibilité de produire des preuves par des attestations article 202 du Code de Procédure Civile.

Il est bien entendu plus facile de porter des jugements après que pendant.

Mais après réflexion, j’aurais fait noter cette extraordinaire pensée juridique au plumitif de l’audience et j’aurais  déposé mon dossier puis j’aurais quitté la salle d’audience après avoir très poliment salué celui qui détient le pouvoir.

Plus facile à dire qu’à faire me dirais-vous, mais je l’ai déjà fait.

De toute façon, le résultat provisoire rendu il y a quelques jours est lamentable comme il fallait s’y attendre.

Les mesures prises le sont pratiquement exclusivement au bénéfice de la mère.

Devant une telle décision, j’aurais pu comprendre que le client change d’avocat, mais, comme il était présent à l’audience il a vu la somme de travail qu’a fourni le cabinet qui le représentait et, la façon dont il a été traité.

Il sait que nous n’y sommes pour rien.

Comme une enquête sociale a été ordonnée, nous allons attendre de voir ce que cela donne

Agir comme l’a fait ce Magistrat est une façon simple de rendre une décision « à la tête du client », si j’ose dire se sentant investi j’imagine d’un pouvoir tout à fait surnaturel de sonder les âmes et les cœurs en regardant les hommes et les femmes qui défilent devant lui dans les yeux…

Je plaisante mais, tout ceci est très grave.

Nous aurions pu faire appel mais, combien d’argent et de temps cela nous aurait-il fait perdre  ainsi qu’au client ?

Dans le Cabinet c’est l’intérêt du client qui prime.

Mais si ce Monsieur peut estimer avoir été mal jugé, croyez bien que nous sommes extrêmement vexés de nous trouver dans ce genre de situation.

C’est à se demander si c’est vraiment utile de continuer à se battre pour faire respecter l’égalité parentale et le droit des enfants à leurs deux parents.

Une fois de plus, je vous pose la question et, je serais ravi que vous me fassiez passer vos commentaires.

A suivre.

 

 

 

 

 

4 réflexions au sujet de « BREVES DU PALAIS : LE SYSTEME JUDICIAIRE FRANÇAIS N’A PEUR DE RIEN… »

  1. subra

    bonjour , il n’y a pas de justice …
    papa d’un enfant de 6 ans ,je demande une garde alternéé au jaf de perpignan muni d’une quinzaine d’attestations …refusé , 250 euros de pension par mois ( je touche 1850 euros toutes primes incluses et mon ex 1900 euros). 2 ans plutard mon enfant grandi , il viens d’avoir un petit frére (que j’ai eu avec ma nouvelle compagne) re-demande de garde alternée … refusée et maintien de la pension à 250 euros avec en plus le crédit d’une maison sur le dos et ma compagne qui travaille à 75 % …. bref , tant les jaf seront des femmes …

  2. Henri BLANC

    Bonsoir FRANCK c’est toujours un plaisir de te lire on constate que d’une fois à l’autre il y a des avancés puis des reculades en fonction des Juges. l’incompétence est aussi humaine.
    Mes Amitiés FRANCK

  3. maitremejean Auteur de l’article

    Cher Monsieur,
    Je suis extrêmement sensible a votre détresse.
    Je ne connais pas votre dossier mais elle semble vraiment réelle.
    En revanche,je ne peux vous laisser dire que des décisions discutables ne sont rendues que par des magistrates.
    Je tiens a la disposition de ceux qui pourraient imaginer que j’élucubre une quantité importantes et récentes de décisions qui ont été rendues par des magistrats.
    Il y a de bons avocats et d’autres beaucoup plus discutables sur le plan professionnel.
    Il en est de même chez les juges et peu importe leur sexe.

  4. michael blin

    Bonjour,
    Je suis passé devant le jaf en avril 2015, je suis passé devant un tribunal du début du siècle dernier, l’homme est en tort, doit travailler et subvenir aux besoins de son ex-conjoint pauvre femme qui affabule et multiplie les plaintes infondées à la gendarmerie ( son conjoint & voisins) malgré des attestations comme quoi je m’occupait des enfants, elle en a la garde, et moi mes yeux pour pleurer.

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