Texte de l'interview que Me Méjean a donné au journal "L'Indépendant" le 25 Septembre 2010, sous le titre: "On divorce comme on va acheter un baril de lessive".

Me Franck Méjean, est un avocat spécialisé en droit de la famille inscrit au barreau des Pyrénées-Orientales. Il est très engagé dans la cause de l'égalité parentale et membre du comité d'honneur de "SOS Papa". Joint hier par téléphone, il a accepté de nous livrer son analyse de l'amplification des séparations de couples, notamment dans la région.

Avez-vous une explication au fait que les couples se séparent davantage sous le soleil ?

Je ne suis pas sûr qu'ily ait une corrélation entre climat et divorce. Mais je pense que les séparations sont liées à la situation économique et sociale de la France et du couple lui-même. J'ai un panel de clients sur toute la France, et à l'heure actuelle il me semble qu'à cause des médias, qui véhiculent une charge de stress permanente, les gens perdent leurs valeurs et choisissent la liberté de moeurs, sans contrainte. Cela parce qu'ils ont l'impression de ne plus avoir d'avenir.


Vous sentez les couples à ce point désemparés face à leur avenir?

Je ressens une modification de leurs repères. La réforme de 2004 (simplifiant la procédure, notamment pour le consentement mutuel NDLR), a rendu le divorce inéluctable et remis au goût du jour la répudiation du moyen âge. Aujourd'hui, on divorce comme on va acheter un baril de lessive, c'est un acte natureL La famille recomposée devient un modèle de banalité. J'avoue que je suis un peu effrayé, car on perd de vue l'intérêt des enfants dans tout ça.


Selon vous, pourquoi les couples se séparent-ils ?

Dans la grande majorité des cas, à cause d'une broutille. Les gens traversent une crise économique forte, peut-être plus encore ici qu'ailleurs, et ils perdent le sens des valeurs. Ils sont dans une insécurité morale qui fait que ça part dans tous les sens. Les couples se séparent pour des motifs futiles. Aujourd'hui, à la première bêtise, tout explose. Il me semble qu'une incartade légère ne nécessite pas forcément une grande remise en cause. Je trouve que ça va trop vite. N'a-t-on pas perdu la simple notion de l'effort ?

Ce phénomène est-il récent?

C'est le résultat d'une longue évolution et d'une amplification depuis 2004. Mais le drame aujourd'hui, c'est la politique de restriction permanente des moyens alloués à la justice. Ce qu'il manque, c'est un budget pour des greffiers, des locaux adaptés et surtout des magistrats hyper spécialisés et assez nombreux pour qu'ils ne croulent pas sous une montagne de dossiers qui les empêchent bien souvent -à leur corps défendant- de rendre une justice familiale correcte. En témoigne le nombre d'affaires dans lesquelles à la fin aucune des parties n'est satisfaite.


Avez-vous constaté une certaine "facilité" à divorcer chez les couples aisés financièrement?


Non, j'ai même eu à traiter des situations inverses, où le partage des biens était si complexe que finalement il dissuadait les couples de se séparer.

 

 

Me Franck MEJEAN