Dans le cadre de mes expériences d'avocat, spécialiste du divorce, j'évoque, dans cette chronique le problème de l' égalité parentale et de la séparation.
TOUS COUPABLES
Ai-je péché par excès
d'optimisme en relatant fièrement le rendu
de 3 décisions de Cour d'Appel qui
ordonnaient, au contentieux, 3 résidences
alternées en décembre 2003 et janvier
2004.
Elles me paraissaient à la fois novatrices
et motivantes pour ceux et celles qui sont,
à longueur de semaine, amenés
à juger leurs semblables.
Une fois de plus, malheureusement, la
réalité a dépassé la
fiction et les réactions dogmatiques
personnelles ont repris le dessus dans certaines
poches de résistances dont je vous ai
déjà parlé.
Que les choses soient claires : les
décisions qui sont rendues dans les
contentieux familiaux sont en principe
motivées par l'intérêt des
enfants : c'est la loi qui l'exige.
Cet intérêt est donc
appréhendé de façon subjective
selon la personnalité, l'expérience,
les convictions personnelles de celui qui
décide : et c'est normal.
La chose est parfois injuste mais comment faire
mieux alors que les Cours d'Appel et la Cour de
Cassation sont en principe là pour unifier,
diriger la Jurisprudence en fonction des voeux du
législateur.
Mais comment ne pas réagir, sauf à
être tous coupables, à des
décisions dont le fondement dogmatique est
transparent.
Chacun est libre d'apprécier ou de ne pas
apprécier le concept même de
résidence alternée. Je me suis
déjà longuement exprimé sur le
sujet : elle n'est certainement pas la meilleure
des solutions possibles mais demeure quoique l'on
en pense, une alternative crédible et
rentable à la monoparentalité qui
débouche, dans des dossiers contentieux, sur
des horreurs que la Justice ne peut plus endiguer :
non représentations d'enfant sauvages ;
accusations, heureusement la plupart du temps
infondées, d'attitudes sexuellement
répréhensibles sur les enfants, qui
toutes laissent des sillons
indélébiles.
Seules l'égalité parentale dans la
séparation permet d'éloigner les
enfants du conflit des adultes en laissant les deux
parents à égalité, en
évitant le conflit de loyauté que les
enfants subissent quasiment tous, en
désamorçant dès le
départ l'arme fatale qu'est l'enfant contre
l'adulte que l'on a aimé et que l'on hait
maintenant.
Récemment, la presse a donné la
parole à d'éminents
pédopsychiatres... qui ont porté des
conclusions définitives sur la
résidence alternée, la vouant aux
gémonies, parce qu'elle était
déstabilisante, dangereuse pour l'avenir des
enfants. (Sic).
Je suis sciemment aussi réducteur qu'eux, en
rappelant que les pays scandinaves pratiquent la
résidence alternée depuis plus de 30
ans et que sauf information qui n'aurait pas
été portée à ma
connaissance, elles ne sont pas peuplée
d'anxieux, d'ex enfants alternants devenus depuis
des adultes refoulés et instables.
Mais ces praticiens ont-ils pensé au mal
qu'ils allaient faire en assenant de telles
convictions personnelles qui sont maintenant
reprises dans des décisions ?
Ainsi, dans le Sud de la France une décision
est-elle justifiée ainsi :
" Attendu toutefois que l'opportunité de la
mise en place de la garde alternée (erreur
sémantique, il s'agit de résidence et
non de garde) comme de tout autre mode de garde
(même réflexion qu'au-dessus) doit
être appréciée au regard
seulement de l'intérêt de
l'équilibre et de l'épanouissement
des enfants.
Et attendu que les conséquences
néfastes de la garde alternée sur de
très jeunes enfants ont été
unanimement relevées par les
pédopsychiatres qui dénoncent des
troubles sérieux des enfants qui en font
l'objet qui se structurent autour d'une
insécurité de base et qui
présentent ensuite des symptômes
persistants d'une insécurité interne
préjudiciable à leur équilibre
et à leur épanouissement ..."
Qui est le plus néfaste dans l'histoire.
Peut-on considérer que les Magistrats de la
Cour d'Appel de BASTIA, ceux de SAINT DENIS DE LA
REUNION et ceux de la Cour d'Appel de MONTPELLIER,
qui récemment ordonnaient des
résidences alternées, prennent ce
risque absolument irresponsable de mettre en place
des résidences alternées et en
particulier dans un dossier sur un enfant de
2ans1/2 en sachant qu'ils allaient créer une
insécurité interne
préjudiciable etc. ?
La résidence alternée est-elle plus
dangereuse que les fausses accusations et les
non-représentations dont nous avons
déjà parlé ?
Y'a-t-il eu des études comparatives
d'enfants qui vivent en alternance et de ceux que
les parents détruisent en les utilisant dans
des procédures ?
J'ai souhaité un débat contradictoire
dans lequel seraient évoqués les deux
aspects du problème : celui qui
relève du médecin, celui qui
relève du juriste. En vain...
Pour ma part, je suis convaincu que ces psychiatres
ont tort.
Ils ont à mon sens totalement tort de ne pas
prendre suffisamment de précautions sans se
rendre compte de la portée de leurs
écrits.
Ils ont tort de justifier ex-abrupto sans
études comparatives.
S'ils avaient un peu plus vécu dans les
Tribunaux de notre pays, ils auraient compris
à quel point il faut être prudent
lorsque l'on porte des jugements
définitifs.
La Jurisprudence est une vieille dame versatile
qu'il faut manier avec précaution faute de
quoi elle peut avoir des réactions
surprenantes.
En attendant, dans la même ville, sur quatre
Juges aux Affaires Familiales, deux refusent
systématiquement la résidence
alternée, un est réservé et le
dernier très ouvert.
Comprenne qui pourra.
Me Franck MEJEAN