LES AUDITIONS D’ENFANTS : UNE CERTAINE IDEE DE LA FAILLITE DE NOTRE DROIT DE LA FAMILLE (tome II)

Depuis 1987, j’exprime mon opposition absolue aux auditions d’enfants par les Juges accompagnés ou pas d’avocat.

Ni les uns ni les autres n’ont reçu de formation spécifique en cette matière qui relève de la psychologie clinicienne et demander à un enfant soi-disant doté de discernement comme le prévoit l’article 388-1 du Code Civil de choisir entre son père et sa mère relève du délire le plus pur.

Essayez, vous qui me lisez, de remonter le temps et de vous replacer dans la situation de ces pauvres « gamins » pour la plupart âgés de 8 à 15 ans.

Pouvez-vous essayer d’analyser ce que vous auriez éprouvé si l’on vous avait mené dans un tribunal, devant un Juge totalement impersonnel avec ou sans avocat enrobé de noir avec pour simple mission de décerner à votre père ou à votre mère un brevet de compétence parentale… inhumain !

Bien pire, des enfants auditionnés par une Cour d’appel du sud de la France ont eu à supporter un désaveu cinglant.

Dans une procédure contentieuse, une petite fille de 11 ans eu le courage de prétendre vouloir vivre chez son père.

Je parle de courage car, l’on peut imaginer ce qui a du se passer lorsque sa mère a été informée de son souhait, mère condamnée depuis pour mauvais traitement sur sa fille par un tribunal correctionnel.

L’affaire dura 3 ans.

Il y eu 3 auditions d’enfant.

Les 2 premières, tout en reconnaissant le désir de la pré-adolescente n’y firent pas droit au motif que le père avait un métier chronophage et ne pouvait pas s’en occuper correctement…

Pourquoi dans ces conditions les auditionner ?

La 3ème , tout en regrettant que l’on ait pas écouté les enfants plus tôt, ordonna le transfert des enfants au profit de leur père.

Non, vous ne rêvez pas !

Il y a quelques jours, nous venons d’obtenir une décision intéressante qui prend à contrepied celle de la Cour d’appel.

Vous conviendrez avec moi que, dans les jours qui précèdent une audition d’enfant, il n’est pas déraisonnable d’imaginer que celui-ci puisse être soumis à un lavage de cerveau.

C’est ce qui s’est passé dans l’affaire dont je vous parle.

Nous avons engagé une procédure pour un père vivant à l’étranger que sa fille avait contacté en lui indiquant qu’elle voulait le rejoindre.

A 13 ans, le père avait pris au sérieux les demandes de l’adolescente et m’avait demandé de lancer une procédure devant le Juge aux affaires familiales.

Au bénéfice de l’article 388-1 du Code Civil Chloé fut entendue par le Juge.

Elle confirma son souhait précédemment exprimé ayant d’ailleurs eu la sagesse de demander à être entendue seule, hors la présence d’un avocat membre d’un soi-disant réseau d’avocat défense enfants dont les compétences en matière de psychologie clinicienne restent à démontrer.

Et le temps passa.

De renvois en reports, l’affaire mit près d’un an à atteindre la barre du Tribunal alors que le Juge avait été saisi en la forme des référés.

Durant ce temps, la mère avait mis en place un travail de sape.

Et Chloé flancha lentement mais sûrement invoquant une morsure de chien à l’occasion de vacances chez son père pour revenir, sans trop de conviction, il faut le reconnaître sur ses premières déclarations.

Heureusement pour elle et pour nous, l’audience était tenue par le Juge qui l’avait auditionné et qui se souvenait parfaitement de ce qu’elle lui avait dit.

Il faut dire que la mère, aidée en cela par son conseil offrit à la cantonade pendant l’audience un spectacle lamentable qui eut le don de mettre le Juge hors de lui en lui faisant comprendre qu’il était évident que Chloé avait été conditionnée par cette mère plus intéressé » par la pension alimentaire que par l’intérêt de sa fille.

La décision vient de tomber : Chloé part vivre chez son père.

Elle a appris la nouvelle alors qu’elle était en vacances chez lui et, de ce qu’il m’a rapporté, l’a accueillie avec soulagement et bonheur.

Un mal pour un bien me direz-vous… !

Maître Franck MEJEAN

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