NOUS MARCHONS LA TETE A L’ENVERS

Voici une spectaculaire décision rendue par un Juge aux Affaires Familiales du centre de la France qui va faire, à n’en pas douter, jurisprudence… !

Les faits : je suis approché par un père de 2 enfants, dont l’aîné est âgé de 16 ans. Il y a 3 ans, le tribunal, dont il dépend, avait ordonné une résidence alternée qui s’était plutôt bien passé, jusqu’au moment où la mère se mit à commettre une série d’erreurs dans sa relation avec son fils.

Le garçon demanda à son père de venir vivre chez lui.

Comme d’habitude, je leur demandais de rencontrer le psychologue clinicien expert, avec qui j’ai l’habitude de travailler, afin d’évaluer la crédibilité des propos de l’adolescent et être sûr qu’il ne s’agissait pas d’une tocade.

En parallèle, et comme le prévoit la loi, je déposais une attestation article 388-1 du Code Civil, dans lequel il était clairement indiqué que l’adolescent souhaitait être entendu par le juge.

Comme à mon habitude, et pour ne pas déformer la finesse du raisonnement, je vous retranscris l’intégralité de la décision qui vient d’être rendue :

«  Monsieur X. expose dans son assignation que son fils ne s’entend pas avec sa mère, qu’elle lui a retiré la clé de son domicile, le laissant à la porte ou encore qu’elle lui a refusé de participer à « une troisième mi-temps » après un match de rugby, produisant de nombreuses attestations relatant l’incident au cours duquel la mère serait venue faire un esclandre, situation qu’a extrêmement mal vécu François, face à ses copains.

Lors de son audition, François a confirmé qu’il ne s’entendait pas avec sa mère, qu’elle ne le comprenait pas et qu’il voulait vivre avec son père.

Il s’agit d’un adolescent de 16 ans et il est évident que la situation actuelle est tendue, la mère adoptant parfois des décisions éducatives qu’il ne comprend pas ou qu’il n’accepte pas.

Le père a fait examiner l’adolescent par un psychologue.

Il indique que François ne l’a pas convaincu d’une quelconque maltraitance ou danger encouru au domicile maternel (jamais cette hypothèse n’avait été évoquée), mais le rédacteur oublie de préciser que François a fait une tentative de suicide théâtralisée.

Il est dans la dramatisation et la victimisation ; il est immature ; ce professionnel recommande le rétablissement du dialogue entre la mère et le fils (réflexion extrêmement pertinente) qui serait facilité par l’intervention d’un tiers médiateur (la mère a refusé la médiation).

A titre provisoire, ce professionnel considère qu’un retour à un droit de visite et d’hébergement classique de François chez sa mère pourrait être envisagé.

La mère a une autre version de l’incident du rugby n’a pas produit d’attestation pour la confirmer.

Elle produit par ailleurs plusieurs attestations décrivant de bonnes relations entre ses enfants et confirmant l’affection existant entre la mère et le fils ainsi que des échanges de SMS affectueux postérieurement à cet incident.

Il conviendrait que la mère comprenne que son fils, qui est âgé de 16 ans, a des velléités d’indépendance et qu’elle doit l’accompagner dans ce mouvement, plutôt que de s’y opposer.

Si elle ne le fait pas, le conflit risque de s’aggraver et l’adolescent se tournera chaque jour davantage vers son père (quelle horreur).

« Dans l’immédiat, il n’apparaît pas que la mère ait démérité et la demande du père sera rejetée… »

Voici donc une décision qui a le mérite de ne pas masquer les convictions du rédacteur.

Je serais curieux de savoir ce qui se serait passé si l’inverse avait été présenté et si une jeune fille de 16 ans avait réclamé d’aller vivre avec sa mère ?

C’est donc à se demander ce qu’il faut produire à un magistrat pour pouvoir arriver à le convaincre qu’il peut exister des instants de vie chez un adolescent où la présence d’un des deux parents peut être réconfortante.

J’avais d’ailleurs, dans mon exploit introductif d’instance, demandé à ce que la domiciliation de l’adolescent soit fixée chez le père à titre provisoire et dans l’attente de mesures d’investigations médico-psychologiques et sociales, et surtout d’une médiation que la mère a refusé.

Ayant des dossiers répartis sur tout le territoire national, ça n’est pas la première fois que je me heurte à des décisions rendues par ce tribunal.

Certes, j’ai la possibilité de faire appel et j’en discuterai avec le père de l’adolescent, mais cela représente pour lui des frais qu’il peut ne pas être prêt à assumer et je le comprendrai parfaitement dans la mesure où si nous allons devant la Cour d’Appel nous n’apporterons aucun élément supplémentaire à la cause que je défends et tout dépendra des convictions du magistrat, ou des magistrats, devant lesquels je plaiderai.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Je pense que ce père serait très sensible aux commentaires que vous pourriez faire de cette décision.

 

                                                                      Franck MEJEAN

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