UNE NOMINATION SAUGRENUE

Loin de moi l’idée de remettre en cause la multi-polyvalence de nos juges qui, comme tout le monde le sait, sont interchangeables à l’envie et mutent en fonction de leurs désidératas lorsque, dépendants du siège, ils changent de juridiction et sollicitent un poste, la plupart du temps en avancement.

Cette particularité marque leur supériorité évidente sur les autres branches des professions judiciaires tels les petits avocats à qui l’on impose un cursus invraisemblable pour obtenir le droit de se prétendre spécialiste en droit pénal, commercial, droit de la famille, du travail, etc…et 20 heures de formation annuelle dont un jour je vous donnerai la liste car je ne résiste jamais à l’envie de dénoncer le ridicule.

Et je n’insisterai pas sur le coût exorbitant de ces formations.

Voici donc l’histoire courte d’un brillant magistrat qui s’est distingué ces 10 dernières années par des interventions médiatiques remarquées, au soutien d’une fonction difficile, dangereuse, et indispensable, touchant le droit pénal international.

Atteint par la limite d’âge dans ce poste, le voilà muté dans un grand tribunal proche en TGV de celui qu’il est obligé de quitter.

A son arrivée, il respecte le protocole, se présente à son chef de juridiction et émet le souhait de rejoindre un poste proche, sur le plan technique, de celui qu’il avait occupé pendant 10 ans.

La démarche me paraît à la fois logique et normale.

Et bien ça ne l’est pas pour tout le monde.

Pour des raisons que j’ignore, le haut magistrat semble peu apprécier son collègue, largement médiatique.

Il ne lui accorde pas le poste qu’il avait sollicité et le nomme aux affaires familiales… !

Je n’ai pas du tout l’intention de remettre en cause la compétence de ce juge que je ne connais pas, sauf au travers de ses entretiens avec la presse.

J’ai d’ailleurs trouvé qu’il avait l’air plutôt brillant et compétent.

Mais comment imaginer qu’il va pouvoir gérer la vie des justiciables qui se présenteront dans son cabinet de Juge aux Affaires Familiales, avec, à son actif, une formation minimale de 15 jours à l’E.N.M. ? (Ecole Nationale de la Magistrature)

Il prend ses fonctions le lundi 28 septembre.

Je suis absolument convaincu qu’il va faire preuve de la plus grande bonne volonté.

Mais que va-t-il se passer quand des problèmes de droit de la famille, extrêmement complexes contrairement à ce que l’on peut croit, se poseront.

Ce qui est anormal, c’est que nous soyons obligés, en tant qu’avocats, comme je vous l’ai indiqué plus haut, de nous former tous les ans, alors que dans mon cabinet, par exemple,  je ne traite que de droit de la famille ( 90%) et  de droit de la chasse (10%).

J’écris des guides sur le divorce et la séparation et participe en tant qu’enseignant à de nombreuses formations en matière cynégétique.

Pourquoi un traitement différent puisque, de toute façon, nous sommes, magistrats et avocats, engagés dans la même galère, celle qui nous conduit à essayer, autant que faire se peut et le moins mal possible, de permettre à des hommes et des femmes qui se séparent, de dépasser le stade de la haine qui n’a pour autre conséquence  que de détruire, parfois définitivement,   l’équilibre de leurs enfants.

Il s’agit d’une chronique importante, vous vous en rendez bien compte, je serais ravi de connaître votre opinion.

 

                                                                        Maitre Franck MEJEAN

 

 

 

 

 

 

 

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