Un métier dangereux

Certains pensent peut-être que le métier d’avocat s’exerce le long d’un fleuve tranquille : détrompez-vous !

L’aura qui entourait notre métier s’est flétrie au fil des ans.

Les premiers responsables sont, de mon point de vue, les avocats eux-mêmes qui se sont comportés parfois comme des bêtes de foire prêts à n’importe quoi pour profiter d’un centimètre carré cathodique.

Ils sont minoritaires mais la presse a pris dans notre société un tel pouvoir que répondre à toutes les sollicitations cathodiques consiste parfois à vendre son âme au diable.

Et Dieu sait qu’il y a quelques années, j’ai participé à de nombreuses émissions : envoyé spécial, zone interdite, vie publique vie privée etc… Cela faisait partie de mon quotidien.

Je ne nierai pas qu’apparaître à la télévision est une façon pour un avocat de flatter son égo mais il y avait aussi dans mon esprit le souci de faire passer depuis PERPIGNAN un message sur le plan national qui est celui de l’égalité parentale. Alors qui mieux que les médias pour le faire ?

D’ailleurs c’est grâce à ces émissions que j’ai été contacté par le groupe HACHETTE et que j’ai pu à trois reprises commettre des « Guides du divorce et de la séparation » chez MARABOUT.

Mai autres temps autres mœurs !

Un client m’appelle début décembre car il a un vrai problème de droit de la famille à régler à 300 kms de PERPIGNAN.

Je le reçois dans l’urgence, élabore avec lui une stratégie, contacte mon réseau local.

En bref, je fais mon métier.

Compte tenu de ses ressources, je fixe une provision extrêmement modeste par rapport à celle que je pratique d’habitude et passe un temps, chronométré d’ailleurs par le programme informatique du Cabinet, extrêmement long pour tout organiser.

Un mois s’écoule sans nouvelle et le client réapparait sans rendez-vous.

Il indique à la réceptionniste qu’il a décidé de ne pas continuer la procédure, remettant un courrier me déchargeant du dossier et demandant que ce qu’il a versé au Cabinet lui soit intégralement remboursé.

Naturellement le réflexe de ma collaboratrice est de lui dire que nous lui rembourserons en fonction du temps passé.

Le programme est mis en œuvre et je lui envoie un chèque représentant presque la moitié de ce qu’il avait payé.

L’individu revient deux jours après ma lettre à la main et commence à s’énerver sérieusement.

La secrétaire m’appelle alors que j’étais de passage au Cabinet et, dans un premier temps, je tente de le calmer.

Le ton monte et ce monsieur me menace de mort.

L’on sent qu’il est coutumier du fait car il utilise un vocabulaire particulièrement choisi rappelant qu’avec la somme qu’il m’a versée l’on pouvait obtenir beaucoup de choses…

De fil en aiguille, les secrétaires étant paniquées, nous appelons police secours qui arrive et le transfère au commissariat.

Le lendemain matin il revient et sonne.

Le Cabinet est équipé d’un sas et la réceptionniste arrive à voir de qui il s’agit.

Elle n’ouvre pas.

Malheureusement il profite de l’arrivée d’un habitant de l’immeuble pour rentrer et pénétrer dans le Cabinet proférant à nouveau des menaces extrêmement circonstanciées.

Police secours est à nouveau appelée et l’individu est à nouveau amené au commissariat.

J’ai un peu l’habitude du droit pénal que je ne pratique plus depuis de nombreuses années et je suis à peu près certain que ce monsieur n’avait pas fumé que de traditionnelles cigarettes ce matin.

Quoi qu’il en soit après qu’une plainte soit déposée, l’affaire se calme pendant les vacances de noël jusqu’au début du mois de janvier où je retrouve ma plaque professionnelle maculée d’insanités.

Il écrit dessus :

« VOLER…NTM ».

Je suis à peu près certain qu’il va être poursuivi mais pour en avoir discuté avec les forces de l’ordre, je n’imagine évidemment pas que la condamnation dont il fera l’objet, alors qu’il paraît avoir un casier judiciaire assez fourni, l’intimidera.

Sachant que j’ai déjà été agressé deux fois en 38 ans de carrière et que j’ai fait l’objet d’un home-jacking dont on n’a jamais su s’il était ou non lié à ma profession, vous comprendrez que tout ceci n’est pas très rassurant.

A l’inverse, il reste des clients respectueux et cela fait chaud au cœur de lire leurs messages.

Voilà le dernier reçu d’un homme que nous respectons beaucoup au Cabinet :

« Cher Maître,  

Vous avez tenu à ce que je vous fasse par écrit un compte rendu de l’audience du ….

Avant tout, il y a lieu de féliciter votre collaboratrice pour la qualité de sa prestation écrite et orale s’inscrivant dans la logique du travail sérieux que le Cabinet MEJEAN a coutume de fournir.

Vous aviez raison votre présence était plus que souhaitée, on a enfin donné la parole « aux belligérants » après près de 5 ans de procédure…

La présidente a pris le temps d’expliquer ce que nous demandons depuis le départ de Madame soit un peu plus de temps avec ma petite fille.

La médiation a été évoquée, proposée, acceptée par nous.

Alors il est certain que, devant toutes ces demandes, la partie adverse n’offre aucune garantie d’acceptation réelle et sincère.

Maître, vous aviez raison, il convenait de faire appel c’est indéniable.

La décision va être bientôt rendue.

J’espère qu’elle consacrera le sentiment de réformation qui semblait se dessiner en sortant de la Cour d’appel.

Je vous remercie pour votre soutien et reste à votre disposition ».

Notre société est en plein bouleversement et, si nous n’en prenons pas garde, l’image de notre métier continuera à se délabrer et le résultat sera grave car, il s’agirait de ne pas oublier que l’avocat est un des piliers essentiels du système démocratique.

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